L'AMBASSAD
O V Cl EL
O V
v H RM ON P O V R L'O
uerturedu Synode Prouin-
cial tenu à Caftres le 26*
Nouembre , & iours fui-
uans , Tan 1637.
Par TiMOTHEE Delon
éMiniftre de la l?ardle
de Dieu en tEglife
Informée de Mon-
tauban*
A MONTAVBAN.
Par P ie rre Code ne, pour
Pierre Braconier marchand
Libraire» i6%j*
L'AMBASSADE
d v Ciel.
o v
SERMON,
Sur le verf. 20. du Chap*
5. de la 2. aux
Corinth.
Nousfommes donc tAm-
baladeurs pour Cbrijl
corne fi ^Dieu exbortoit
par nous , voire nous
fupplions pour Çhrtft
que vous foyeç, récon-
ciliés a "DietA.
c
Efi vh titre dé gloi-
re , & vn éloge
d'honneur, àiznc dS
4 tzAmbaJpide
finguliere confideration,
que celuy qtfEfàye do-
nc à l'Eternel au 28. de
Tes reuelations , difànt
qu'il efl magnifique en
moyens. Car n'eft-il pas
véritable qu'en toute
î'œconomie de & proui-
dence 5 il nous defploye
des mérueilles à rauir les
Anges, non que les ho-
mes ? Mais fur tout elles
paroiîTent auecque plus
d'efclat en ce grand œu-
ure qu'il accomplit de
ïioftre rédemption , là
où il s'eii fêrui , & fc
tert encore tous les ioursy
de moyens fi propres &
du. Ciel. 5
iî conuenables 5 qu'il
nous y donne à cognoi-
lire vne fâpience du tout
inénarrable . Première-
ment il y fait rencontrer
d'vn amiable accord fa
juftice,auec famifericor-
de j voire , la plus pro-
fonde tendreur de fes cô-
paffions , auec la plus
feuere rigueur defesvê-
geances 5 n'ayant point
voulu que nous fuflions
âuuez, que par de tres-
ameres fouflrances d'vn
poids & d'vn mérite in-
fini: mais nous donnant
iuy-mefme celuy qui les
a volontairemëtfuppo^
A3
6 frçAmbaffade.
tees? fçauoir le Fils de
fâ dilection , fbn cher
ïils , fbn vnique.. En
après, pour nous rendre
effectuellemêt iouyiïàns
de ce mérite > il nous le
fait présenter 5 ayant à
cefte fin inftitué la pré-
dication de fon Euan-
gile , qui eft comme la
main de Dieu & de lefus^
Chrift noftre Sauueur,
nous offrant liberalemët
toutes &s grâces > Ces
gloires y & fbn Paradis ;
Si que nous n'auons qn'£
les embrafler & receuoirj
& tout auffi toftilnous
eft. infaillible d'en cftrc
du QieL 7
rendus à iamais vraye-
ment participans.
Ce font tes deux ex-
ceilens moyens du falut,
que ce grand vaifleau
d'eflite l'Apoftre fain&
Paul joint err ce lieu
d'vnc liaifbn toute diui-
ne. Cy-deuant il a die
que nïieu nous arecon-
eilit^ a foy far jfefus
fôrift, & qu'il efloit en
Cbrtft recociliant le mo-
de à foy y ty ne leur im-
putant point leurs for-
faits. Voila, le pFemier
moyen , que Cx Sagefle
a trouué bon d*em-
ployer pour cet œuurc
*4
& ÏAmbafîade
admirable de noftre fa-
lut } c'eft de nous don-
ner fon Fils 5 qui fit no-
ftre paix auec luy par
l'eflfùfion de {on fang:
adiouftantaufïi toft,qu'il
a commis à fes Apoftrcs
& à leurs fuccefleurs U
mimjlere de reconeilia*
tiony dans le coeur &la
bouche defquels il en a
mis la parole : qui eft
ïe iècond moyen ; le-
quel voulant demonftrer
plus à plein , il en tire
cefte confèquence con-
tenue en ces mots; Nous
femmes donc Ambajja-
datrsfour Chrift* ccm~
du ffieL y
me fi H^ieu exhortoit
par nous ? voir* nsus
fupplions four fârtfy*
que vous fbyez. réconci-
lie^ à ^Dieu.
Chers Frères, à l'oiïye
de ce texte, il n'y à pas
vn de vous , ie m'en a£
feure , qui ne l'ayt iugé
très-avenant j (bit qu'il
ayt ietté les yeux fur
cefte compagnie extra-
ordinaire T qui fe trou-
ue ici aujourd'huy collo-
ques : car quel plus ri-
che fujet euffions nous
peu choifir pour nous y
ieruir d'entrée & prépa-
rer nos amès à vacquer
A5
to l'iAmbaJfadc
con&ientieufèmét à ytit
d facree & importante
a<5Hon, à laquelle nous
voicy appelez ? Soit qu'il
ayt eu efgard à cefte a£
/emblée, qui d'ordinai-
re fe range en ce lieu;
ou à ceux mefmes qui
des troupeaux voifins y
peuuent eftre accourus.
Car n'y à-t'il pas ky pour
eux tous vne tres-abon-
dante moiflbn , & d'in-
ftruftions fàlutaires, &
de douces constations?
Icy le Do&eur y trou-
uera fa leçon, auffi bien
que le Difciple ; & le
Troupeau de raefine-,
du ÇieL il
aon moins que le Pa-
yeur. Ce bon Dieu qui
iadis fit couler ces bel-
les & excellentes paro-
les de la plume de ion
fain# Apoftre , veuille
en faire maintenant dé-
couler de nos bures vne
vraye & droite expofî-
t ion, qui redonde, & à
fa grande gloire , & à
l'édification éternelle de
nous tous,
LVne des principales
différences entre l'Eglife
qui eft efleuee là haut
dans le palais de gloire,
& celle qui traîne enco-
re icy bas en ces taber-
». il
il t-Atnbajfacfe
nacles mortels , èft que
cëile-ià eft-remplie im-
médiatement & en *o***e
peife&ion de la cognoit
fance bien-heureùfc
Dieu. Là n* eft point ne-
ceffaire l'entremiie des
moyens ; on y contem-
ple Dieu fafce à face , il
y eft tout en tous. D'où
vient que fainâ Iean au
, 21. de l'Apoealypfe nous
aflêure qu'en céfte vifion
fi particulière qu'il eut
de la Ierufalem celefte,
il n'y apperceut aucun
Temple,qui eftoit le lieu
où s'exerçoit le (àeré M*~
nîftere} ains (^dioufte-il)
Dieu
dit Çieh
Dieu luy - mefme en
eftoit le temple. Iî n'en
va pas ainfi de l3Egli(c
xjui combat en la terre ;
là toute vne autre di£
penûtion e'ft en vfage,
Dieu y a eftabli l'admi=
niftration de fes diuins
myfteres , qu'il nous fait,
ou annoncer par fa pa-
role , ou defpartir par
fès Sacremens : car tout
ainfi que le feu qui eft
dans fà fphere au deflus
de la région de l'air n'a
point befoin d'aliment,
pour (a confèruation ,
ny de fbuffle , pour (on
opération : mais celuy
A
14 tvdmbajfade
duquel nous nous fer-
uons ça bas ne (è peu*
paflfer, ny de pafture, ny
d'eftre allumérainfi quâd
nous ferons là haut en
noftre vray lieu, noftre
cognoiffance n'aura plus
befoin d'eftre nourrie de
la parole vny le feu de
noftre zèle allumé parles
cxhortatious : mais tan-
dis que nous fommesen
la terre, fans doute, &ç
noftre cognoiflance pe-
riroit , & noftre zèle s'é-
teindrçit r fi l'vn & l'au-
tre n'eftoit fecouru par
ks inftru&ions & les adr
monitipns des fêruiteurs
du Çitl ij
de Dieu. Ce n'eft pas
que Dieu ne peut ope^
rer les mefmes effe&s
fans Temploy des moyës
& le fèruice d^s hom-
mes: ja n'aduienne que
nous bornions le Saindt
d'Ifraél, & donnions des
limites àfapuiflance>qui
eftant infinie n'en reçoit
que de Ca feule volonté»
Voyez , en la perfbnne
du brigand repentant*
la main de Dieu qui
produit immédiatement
dans le cœur de cet ho-
me, vne conuerfion5qui
ne vient d'ordinaire que
par le miniftere de lapa-
B 2
rôle: afin. qu'en cet
emple vous recognoif-
fiez, que quand ce pre-
mier & fouuerain Agêt,
met en œuure les eau-
les fécondes 5 ce .11
point par neceffité, mais
par gratuité ; l'indigen-
ce ne l'y pouffe iamais>
c'eft la (euie indulgen-
ce j il y eft efineu par le
bien qui en reuient à fes
fidèles , & par la eloire
de Ion nom. Car
1 U s'accommode en
cette forte à noftre infir-
mité-, &condefcend à- la
baffefle de noftre portée*
qui eft telle,, que -tandis
du Ciel.
que nous fommes :
fejour terrien , nous ne
pouuons {uppofter qiè'a-
uecvne mortelle frayeur
la voix de Dieu y qui
immédiatement va ira-
pant nos oreilles : tçf-
moin les Ifraélites, o-uâd
ils difènt tous tremblans
à Moyfe au 2o.dei
ode. Toy farte auec
nous , e^"* »0#.r efcoute-
rvns : mais que Dte-
parle point auec nom
peur que nom ne mm-
rions : à .caiift dequey
Dieu nous fait paxkj; a-
uec plus de famtlia:
par des hommes ienibla-
A?
18 tAmbajfade
blés à nous en toutes
choies.
2 Ceft auffi vne voye,
qui eft fort conuenablc
à noftre Nature, que la
grâce ne deftruit point.
Le Créateur dés le com-
mencement , ayant mis
vne telle correspondan-
ce entre ces deux par-
ties , Pâme & le corps,
dont nous fommes corn-
pofêz , que toute la co-
gnoiflance qui eft en nos
âmes vient neceflaire-
mentdes fens corporels,
qui font comme les por-
tes , par lefquelles les
amages des obiets eç-
du Qel. tp
trent & font imprefïion
au dedans de nous. Qui
efHa raifbn pour laquel-
le Dieu a voulu, que l'o-
beyflance de noftre foy
procédât de l'ouye de
fa parole 3 comme l'in-
fidélité & la rébellion
de nos premiers parens,
eftoit venue de l'ouye
de celle du ferpent.
3 Adiouftez à cela la
fèureté de noftre fàlut
qui s'y rencontre , n'y
ayant point de doute,
que fi nous eftions feu-
lement enfeignez au de-
dans du cœur par l'Ef-
prit de Dieu > il &roit
B.j
20 ïoÀmbaJfade
fort à craindre que nous
prinfions des fantaifies
vaines, âcs enthoufiaf-
mes & creufes imagina-
tions. 5 pour des inf pira-
tions celeftes & mouue-
mens.du.iàinâ Efpnt:
afin donc qu'il y eutvne
reigle aflfeuree en l'Eglfc-
fey .& qu'on, ne peut» ny
s'y tromper fby-meime>
ny deceuoir autruy,Dieu
jious a donné fesfain-
j ctes Elcritures pour nous
eftre expofèes & appli-
quées par (es. feruireurs.
Ce qid a efineu Eiàye à
u. ^'Joindre ces deux bénéfi-
ces enfemble que Dieu
du Qel. - 2ï
confère à fbn peuple 5
(çauoir fon Efprit & fa
Parole, ks enfeignemens
de tous les deux côftituâs
ea efFe& la reigle totale
de noftre foy. le dis la
reigle totak $ parce que
quand nous fbuftenons,
que la parole de Dieueft
la feule reigle 5 & de no-
ftrefoy,& de nos mœursi
nous l'entendons à l'ex-
cluflOn deS ÎTS^iVi'^nc
humaines ; mais non de
ces documës intérieurs,
que nous donne ce di-
uin & celefte Douleur:
car auifi ne font-ils nul-
lement differens de ceux
22 toÀmbaJfade
de la parole quant à là
chofè mefme ; mais tant
feulement, quant à la
manière de les difpêfer.
4 D'abondant 5 pour
que l'EgKfe foit rendue
vifible & cognoiflable ,
& qu'ainfi les Efleus s'y
peuflènt plus ayfement
ranger & fè fauuer de-
dans cefte Arche du de-
luge de l'indignatiô Di-
uine j qui -s'efpand dir
tous les autres hommes
qui en font hors ; & que
l'vnion des Chreftiens
fut plus fermement en-
tretenue , & leur édifia
cation mutuelle > plus
du CieL 23
puiflamment procurée,
les fain&es afTemblees
y eftoyent fort vtiles, le£^
quelles ne Ce peuuent
mieux former, que par
ceft ordre facré,que Dieu
a eftâbli au milieu de
fbn Egiife , félon que
fàindt Paul nous l'ap-
prend-au 4. des Ephef.
diiant, qu'il adonné les
ynsy pour ejîre Apojîres',
les autres pour ejîre Pro-
phètes > £r les autres ,
pour ejîre Euangelijîes s
& les autres , pour ejîre
Pajîeurs & 'Voiïteurs s
pour l'ajfemblagedes SS.
pour l'œuure du mini-
24 t'Ambajptde
fier es jour l'édification
du corfs de Chrijl.
5 Finalement , ça efté
pour fa gloire ; qui y re-
luit auec toute fplen-
deur. L'honneur & la
gloire d'vn Prince pa~
roift en la multitude de
les Officiers , au nom-
bre de {es Ambafladeurs.
Ceft pourquoy le Fils
dé Dieu nous a bien
parlé luy-mefine durant
l'eftat de fon humilia-
tion : mais à prefènt qu'il
eft efleué à la dextre de
la Majefté de Dieu es
îreur très-hauts ; il ne
nous parle plus que par
la
du QeL 25
la bouche de tant & tant
d'Ambatëadeurs, qu'il nous
a enuoyés & nous enuoye
encore tous les iours. Ce
qui fans doute eft vne
marque de Ton exaltation:
& qui fert encore de re£
pofè à cefte demande qui
pourrait eftre faite , pour-
quoy Dieu voulant com-
mettre cefte AmbaiTade
à fes créatures , ne l'a donc
pluftoft donnée aux An-
ges y que non pas aux
hommes ? Ceft que Dieu
(è plaift à Ce magnifier
en la petitefle des inftru-
mens qu'il employé. Car
comme cela releuoit
C
2.6 l\*Ambaffade
dauantagc iâ gloire quand
ri abbatoitles ennemis de
fon peuple , par vne De-
bora, vn Barac > vn San-
gar , & tels autres vils &
trop foibles organes ,
pour de fi grandes & no-
tables deliurances } que
s'il y eut employé les
Alexandres & le$ Çefàrs,
auec leurs puiflantes ar-
mées, Ainiî pour fe ren-
dre glorieux & admira-
ble en fes Sain&s , il a
pluftoft choifi les hom-
mes, que les Anges pour
fauuer ion peuple , & le
deliurer de la main de (es
du (fiel. z*f
ennemis. Car ( comme a
ttesbien remarqué fur ce
fujet vn ancien Père de
l'Egïife) n'efl-ce pas chofe ,
du tout merueitleuje ,Hom.zM
qu'y ne bouche terrejlre^u]
mette ta mort en fuite, de-
/lie les peche^ , reforme
la nature corrompue, &
faffe que la terre deui en-
ne ciel? En cela (dit-il)
ï admire la puiffance de
"Dieu.
Ce femmes nous donc3
ce fbmmes nous , ô hom-
mes frères 5 qui auons efté
eftablis pour eftre *Ambaf-
fadeurs pour (fhrift. Il eft
bien vray que ce nom ap-
C2
28 taAmbajfad'e
partient d'vne façon parti-
culière aux Apoftres ; qui
à caufe des prerogatiues ,
donc ils ont efté aduanta-
gez, 5 ont eu la charge la
plus excellente, qui iamais
ayt efté , ou qui foit en
l'Eglife de Dieu : mais cela
pourtant n'empefche pas,
que tous les Pafteurs, qui
leur ont fuccedé ? ne puif-
fent porter cefte qualité-là,
quoy que non pas en vn
degré il émirent que les
Apoftres : Atousconuien-
nent ces diuers noms dont
ils font qualifiez t% Efcri-
tures Saintes > eftans ap-
peliez, tantoft le fel de U
de fiel. ï$
terre , ores la lumière du
monde , parfois fauueurs
des hommes > fouuent An-
ges & Hérauts de juflice:
mais far tous celuy d'Am-
bajfadeurs four Chnft 5 à
quelque chofè de fpeciaî^
qui nous fait voir,
i Qu'ils font en la pla-
ce de Chrift , reprefentans
ù. perfonne , comme fait
tout Ambafladeur celle du
Prince qui l'enuoye* Ce
qui eft vn chara&ere bien
euident de l'authorité roy-
ale du Fils de Dieu, com-
me ayant efté efleué pour
Dominateur & Prince en
Hraël > & comme tel par
3© tAntbaJfade
confequent ayant le droit
dont iouyflent les Roys
tTenuoyer des Ambafla-
deurs : en mefme façon ,
que quand nous femmes
nommez fès Prophètes >
Douleurs ou Annoncia-
teurs de ià Parole > fâ char-
ge de fbuuerain Prophète
en l'Eglifè nous eft claire-
ment defignee. Carjc'eft
ici où il faut fbigneufè-
ment obfèruer la différen-
ce , qui fe trouae entre ces
deux offices vdont nous
venons de parler j &eeluy
de Sacrificateur. Ceft que
quant aux offices de Roy
& de- Prophète > le Set*
du Ciel. jr
gneuc Iefus en l'exercice
d'iceux fe fert bien du mi-
niftere des hommes , qu'il
conftituèfous luypourfès.
Àmbafladeurs & (es Pro-
phètes : mais il n'en va
pas de mefine de celuy de
Sacrificateur: car ceft office
confîftant en ces deux foi>-
étions, l'oblation & lin-
terceffion, il n'y peutauoir
fous lefus-Chrift aucune
charge ? ny d'offrir fora
corps>ny d'intercéder pour
nous , comme prétendent
ceux de Rome,qui de tous
leurs Pafteurs en ont fait
autant de Sacrificateurs du
corps de Chriftj & de tous
ç4
les Sainfts & Anges autant
d'IntercefleurSoQue fi no9
youlons fonder la raifon de
cefte différence, elle nous
fera voir combien eft mal
fondée la vocation de ceux
qui font tousjours après a
nous demander raifon de
la noftre, laquelle k trou-
uera auoir vn appuy très-
folide. Ceft que lefus-
Chrift comme Médiateur
entre Dieu & les hommes
a- deux diuers genres de
fondions > les vnes qu'il
îuycôuient faire des honw
mes enuers Dieu , & les
autres de Dieu enuers les
hommes. En celles la qui
/ du cieL ;j
concernent fon office deH'&,f,Iê
Sacrificateur , il n'y em-
ployé ny les hommes ny
ks Anges > il les fait par
fby - mefme immédiate-
ment ; d'autant que fe fai-
iàns enuers Dieu pour fa-
tisfaire à fa Iuftice & ap-
paifer ion ire 5 elles doi-
uenteftre entièrement par-
faites & dVne yaleur in-
finie : Afin donc , qu'elles
nc(c refîentent du deffaut
& de la foibleffe 5 qui eft
tousjours ez créatures 5 il
les accomplit luy-me{me
fans leur interne tion. D'où
vient que jamais l'Efcri-
ture du Nouueau Tefta-
34 tAmhaJfade
ment ne donne ce nom de
Sacrificateur aux Pafteurs^
mais bien généralement a
tous fidèles , pour d'autres
raifbns qui ne font a ce
propos. Mais quant aux
chofès que lefus - Chrift
fait de la part de Dieu en-
mers les hommes il fe fer*
d'ordinaire du miniâere
des hommes mefmes > par-
ce que le defïaut qui s'y
peut rencontrer n'empet
che pas pourtant l'accom-
pliflement de fon eeuure.
Or ces cho&3 ici regar-
dent fes deux autres offices
de Roy & de Prophète,
pour l'exercice defquels &
du ciel. 55
parole nous afleure > qu'il
a fès Ambafladeurs & Ces
Miniftres , félon qu'il nous
en appert de ce lieu. Par
la donc 5 vous voyés .que
noftre vocation , qui eft
d'eftre Ambafladeurs &
Miniftres pour Chrift a
fon fondement fur la Pa-
role de Dieu & la droite
Raifbn : au lieu que cefte
vocation , qui eft fi prifèe
en l'EgVUê Romaine , (ça-
4Xoiv de Sacrificateur du
corps de Chrift > n'a point
de fbuftien fur l'voe > ny
fur l'autre.
2. Et neantmoins ce ti-
tre ici que nous vous ex-
g6 l'Ambajfade
pofbns ; nous monftre en
fécond lieu, qu'il faut tenir
fa vocation de Chrift, eftre
enuoyé & appelle par luy.
Car ou eft l'Ambafladeur
qui aille jamais nulle part <>
fans eftre légitimement dé-
légué par ion Prince? Ceft
a faire' aux faux Pafteurs
dont fait mention le Pro-
^m,2*pheté ^ jccourîr fans eftre
enuoyés & de prophetizer
fans que Dieu Idfcr ayt par-
lé. Ici donc eft neceffaire
la vocation intérieure qui
gifti» à eftre doué des grâ-
ces propres a l'édification
de l'Eglife. ^. & pouffé
d'vn&iitâdeftr a embfùf
fer
du deL $y
fer cette charge , pour y
glorifier Dieu & aduancer
ton règne. Mais auffi y faut
il la vocation externe, qui
eft d'eftre appelle par ceux
qui en ont le pouuoir,&
(muant l'ordre que Dieu
en a preferit en fa parole.
Si tu trouues , mon Frère,
ces conditions en toy \ Se
que orientes que Dieu,
comme iadis le Prophète
à lehu 5 t'a oingt en fècret *. a*
des grâces de Ton Efprit , \
& t'a touché le cœur pour
te confacrer du tout à fon
feruice«> &luy dire dedans
cefêntiment auec Ieremie? : Wd.r.
0 Ettmd tum'as attraits
D
5 8 toAmbaJfade
6 ïay eflé attrait: tu as
efié plus fort que moy? &
as eu le dejfus. Et qu'en-
core tu fois appelle par
ceux qui en ont receu de
Dieu l'authorité , & par
les formes qu'il nous or-
donne dedans fon Efcri-
ture ; lors peux - tu eftre
certain en ta oonfeience
de ta vocation : certitude
qui e&dyvnc merueilleufe
efficace , & que tout Pa-
freur doit auoir en foy à
l'exemple ;dë TApoftre en
ce iiçu, qui Bit uns aucun
doute * ains auec toute af-
feurance, Nous fîmes jtm~
hàff^deurs peur C^*fî'
du fiei* ■<;>
3 Les Ambafîadeurs font
bienexadement informez
àvs defleins & de la vo-
lonté du Prince qui les en-
uoye, & doiuent eftre tous
remplis d'aflècïion de l'ac-
complir. C'eft auffi aux Pa-
rbeurs r: d'eftre bien au.
cez en la cognoiffance de
la volonté de Dieu, llfout
c^ils puiflfent dire comme
Ïe&s-Chrift à Nicodeme, 7
ce que nom [canons nom
le difonS) & qu'ils s'em-
ployent auec foin à '; ac-
quisition de la fo du
falut r n'en é&kÀî pas âè
nous eéfttfïîé "éès hè
ftres^ dont h fcietié
C
40 L'AmbéLjfade
infufèrnous ne la pouuons
poflfeder qu'auec vn eftude
aiïdu 5 & vne diligence
continuelle» Quelle honte
donc aux Miniftres de
ChriiL qui s'cmpeilrêt des
affaires du monde , ne s'a-
donnansarien moins qu'à
i'efludc des fain&es let-
tres ? Dont il ne faut s'e£
bahir 5 s'ils font peu co-
gnoififans des mémoires
^que Iefu$-Chrift leur amis
.en main , pour ne les a-
.uoir guère leus ny médi-
tez. Pi moy en tonfeien-
, quel moyen -as-tu d'é-
clairer autruy* luuestoy
mefcie en ténèbres ? de
du ÇieL 4*
guider les autres 5 a tu ne
fçais la voye ? ce ï ; 3 icr
rouuerture des fcems du
ciel y û tu n'as la clef de
feience ? Non non ! ncx'z-
bufe point > il faut que le
Pafteur fott bien s^frts
quant au* Royaume dùMaitil^
cieuxs eftant f&nbUhle à '
vn père de famille qui tire
defonthrefor- chojh mx*.-
uelles & anciennes :> mais
comment les en -tirer ?>&■
éks n'y font pas ? N'ei-
pargnons donc, peint nos*
veilles ny nos foins pour
meure ces trefbrs de* i;
pience & d'intelligence au
dedans de nos cœurs^na
D3
42 tAmbajfade
que de là nous les pui£
as tirer , pour les de£
partir aux troupeaux qui
nous iont commis. 2. Voi-
xe , les départir auec vne
afre&ion pleine de véhé-
mence: car, e?eft vne cho-
' fe digne d'vn Pafteur >
quand il eft femblable au
yaijjean y auquel Elihu
s'accompare au 32.de lob*
qui n'ayant point d'effor->
efi: prefi de fe creuer , i*
fmgrosy (di{bit-il) dépar-
ier. La parole de Dieu
doit eftre en nous> conv
^ %oj9 me. iadis en Ierejmie >. y ri
feu enferré, en nos, os 5 Si
qu'elle n'y puiffe pointa
du Ciel. 43.
meurer fans fe faire fentir
au: dehors* Il nous faut
eftre pouffez du mefme
efprit qui difoit aux Ro-
mains > ie defire ardant-^-^
mit de 'Vous départir quel- '
que don fytrttueL ^lefài-
ions donc point l'œuure
de Dieu lafchemem : tra-
vaillons-y pendant qu'il
eft iour.: car lefus-Chrift
nous, aduertit au s* de
iaînd leaa ■., que la n»i&
yientrque nul ne pourra
frAuaiïïer.
4 Mais à la vigilance* *
attachons-y la fidélité: &
comme c'éft ledeuoirdes
Ambaffadeurs > de n'ou*
t>4
44 ïaAmbajpide
trepafler point les mémoi-
res qui leur ont efté bail-
fez : ainfi que lies Patte urs
qui portent œ titre > n*a->
uâcent ïamaisrien au delà
de la chaîne qiii leur a
efté donnée par lefiis-
Gbrift y àlfam à fès Àpo-
ftres y alUz e£* màrfhïtuk.
gtrmïdt£t&dnr*ûuto.càipii
te njott&> ay cûmmondé.
Suuiant quoy (am£t: Paul
fe œfcuuenant de &conr
dition qu'il nous met ky
€ifc auant d'AiiAaflackur
pout Ghidft^proiEftoit aux
**• kgiUé te quïil, auoit wcm
du Ciel 45
du Seigneur. Et inftrui-
ûxït ion Difciple- Timo-
thee , & le voulant façon-
ner a eftre vn bon & fidèle
Pafteur , il luy dit > qtitl
fur de le kon depo.fi , & re- i.T»».
• / . J I. X3.14*
tienne le vray patron des
faines paroles iju'il auoit
ouyes en foy &> eharité.
Faifant fans doute allufion
à ce patron du culte de
Dieu , que Moyiè vid fur
la montagne , & duquel
l'Eternel Tauoitpar exprés €x,ilff
chargé de ne s'efloigner4°>
point. A la mienne volon-
té , chers Frères, que tou£
iours les Pafteurs enl'E-
glife Chreftienne fefuflênt
4^ kïAmbaJfade
religieusement acquitez de
ce deuoir ! Nous ne ieriôs
pas auiourd'huy: en peine
<k réfuter la Meffè > les In-
dulgences y le Purgatoire*
l'inuoeation des Sa:n&s:
le mérite des œuures y la
Tranflubffetratio» & fe
Jblables do<ftrine&> que vo*
fçatiez tousefke des plan-
tes > qui om bien creu dâs
le champ du Seigneur 9
mais fans que fa, main les
ayt iamais plantées, ny fes
Apoftres arroufees, ny que
fa Vertu leur ayt donné
îaecroiffcment. Deoenans
donc fages pat Pexempie
du dommage d'autruy,
du Ctel. 47
pratiquons fidèlement la
leçon que l'Eternel don-
noit autresfois à hr, de
fcs Prophètes : Fils d-e
IhommeU fay ejiahUpour^'^
guette à la maife ttlftael.
tu efcGUteras donqu.es les
paroles de ma bouche , 0*
les^iduertirœ* de par tKoy*
Et corne dit fainCè Pierre.
que celuy qui parle cnllL-
glife , ftrle les paroles de
*Di$u. Prenez garde à
ceey , voU6 4jui ne vous
plaifèr qu'aux paroles^ at*
trayantes de la fapienee
humaine , & qui penfez,
bien Satisfaire -i vaftre do
uoir, ^and voué^ecer*
48 i'ïÀmbajfade
chez auec peine des do-
ctrines ou paroles, qui font
eftrangeres de l'Efcriture
Sainûe, c'eft à dire, pre-
nez peine à mal faire. Que
fi iadis le peuple Romain
fut extraordinairement ef-
meu contre Néron , pour
leur auoir fait venir durant
la famine vn Nauire char-
gé de fable , pour s'esba-
treaux jeuxdelaluitte,au
lieu de pain pour les nour-
rir: en quelle indignation
ie vous prie > n'entrera le
peuple Chreftien contre
les Pafteurs , qui au lieu
des bonnes & faluraires
do&rines pour paiftre &
raffafter
du C/W* 49
raflfailer leurs ames,ne met-
tent en auant que le fable
& la poufliere des que-
stions curieufès ou dis-
cours aflfetez, propres à la
vanité , mais nullement au
iàlut ? Mais pourquoy fais-
je mention de l'indigna-
tion <les peuples ? La co-
lère ardente de l'Eternel
eft bien plus à redouter,
qui s'embrafèra, fans dou-
tera Rencontre d'iceux^non
moins que iadis contre
Nadab & Abihu , pour
luy auoir offert vn leu et- *.
srange.
% Mais,comme cefte qua-
lité d'Ajpbaffadeur pour
50 lkmbajfa.de
Chrift, fert de borne à no*
ftre charge pour nous te-
nir renfermez dans nos
mémoires : auffi nous anb-
met-elle d'vne fainde har-
dieflfe , pour n'apprehen-
hender point. Car fi l'Àm-
bafladeur qui eft enuoyé
par vn grand & puiflant
Monarque , paroift tout
iours hardi , & ne feint
point de dire tout ce que
lbn maiftre luy a comman-
dé : Nous > mes Frères ,
qui iommes Ambaflfadeurs
^"^•^dcceluy à qui toute puif-
fance a efté denee au Ciel
&cn la terre, qui parlons
au Nom du grand Dieu
des Cieux , ferions-nous
du Ciel. fi
faifis d'vne telle frayeur *
que de n'ofèr aduancerce
dont il nous a chargez?
Parlons donc à tous ceux
qui font fous noftre con-
duite auec liberté , aux
grands auffi bien qu'aux
petits i non voirement [
que cette liberté doiue ia>
mais pafler en licence, ny
le fcele en témérité : car
Dieu n'approuue point vn
efprit hargneux , qui ne fo
plaift qu'aux repreheniiôs
de ceux qui font efleuei
ert vne condition & au-
thorité eminente : mais
auffi veut-il que ians au-
cun déchet de l'honneur
E 2
£2 tçAmbaJfada
qui leur eft deu , nous
les redarguions de leurs
vices auec vne fâinde
prudence & modeftie, de
peur qu'autrement noftrei
rciped ne degeneraft en
conniuence , & noflre fn
lence en trahifbn. Dieua-
uoit anciennement defen-
. . du le miel aux fàcrifices,
n.dMi.mais y auoit commandé le
ièl : pour monftrer qu'en
xom.is. ccfte fàinde oblation fpi-
rituelle qui fe fait des fide
les par la Prédication de
TEuangile > nous en dé-
lions bannir la flateriej
mais n'y épargner poini
l'afprctédes ccnfnres. Soi
té
du fiel. 53
moy donc, vn Moyfe,con-
trc les Pharaons 5 vnElie,
contre les Achabs ; vn Da-
niel contre les Balthazars;
& vnlean Baptifte$ con-
tre les Herodes. Garde que
Tefclat des dignitez mon-
daines n'esblouyfle tes
yeux y ou que la crainte
de leur authorité ne gkce
\ts paroles en ta bouche*
fu appartiens à vn bon
Maiftre dont la protection
& l'aflîftanee ne te defau-
appoint,
6 Iedisl'affiftance.non
feulement pour te garan-
tir de tous màUx? àtrfàét'
que '& glbire & ton falue
54 tvimbaffade
le requerra : mais auflî $
pour te combler dé fêsdôs
& t'enrichir de fes faueurs..
Car c'eft la différence qu'il
eft bon ici de remarquer
entre les Ambaflàdeurs de
Chrift y & ceux des Rois
de la terre. Ceux-ci ne
peuuent efperer de leurs
Princes les qualitez necef-
faires à leur geftion > ilfaut
que d'eux-mcfmes ils les
apportent» Mais quant à
ceux-là ils font aflcurez*
que n'ayans rien en eux >
v fcr^.^i les rende fuffifans pour
*'• leur vocation : ce. grand
Sauueur lçs employant»
ks anoblit de< toa^s ks
du cieL 55
grâces qui font vtiles à
leurs charges: ne plus ne
moins que Dieu ayant ap-
pelle Betfaleel àlaconftru-
dion du tabernacle char-**"**1
nel , il le remplit der fon
Efprit en fagefle, en intel-
ligence, en.fcience>& en
tout artifice. Que donc ta
foibleflene t'eftône pointj
leMaiftre qui t'a poulie en
fon ceuure y renforcera ton
bras,& accomplira û puif-
fance en ton infirmité.
7 Infirmité , de laquelle
il. faut que pour t'accoura-
ger>tu deftourneslaveuë,
& la fiches fur la dignité
& l'excellence de ta voca-
j6 tÂmbaJfade
tion^.que ce titre d*Am*
bajfadtur nous met icy.à
tous auiourd'huy cteuapt
les yeux. Voulez -vous
voir vn pourtmit racour-
ci de: la dignité à$ cefte
charge •■, ï. Regâr<k&
à te grandeur de ce-
luy qui nous erttioye. 2.
Coiotemple^ imminence
an {tàf&z pour lecfuel riotfà
femmes déléguez. Celuy
qui nous enuoy€> c'cftle
Fils éternel de Dfêt*v$*
Bxxy :^Roy^y&la 9çi-
gneur des Saignas* de~
uant qûimrarûbini U Mar
' 'jtfté. ûr la tâagfHfitetoce :
f
du CitL 57
en fon Sanfîuaire. Le fu-
jet de noftre Ambaflade,
c'eflr pouc accomplir le
chefd'œuure des mains de
l'Eternel , pour manier fon
fceptrevpour tenir les clefs
& garder les féaux de fon
Royaume. Dieœcrea bien
fans nous & le Ciel & la
terre : mais voici qu'il nous
gratifie tant que de iè fer-
uir de nous en vn plus ma-
gnifique ouurage, en la
cr^atiô de nouueaux cieux
&- de nouuelle terre ; de
ces nouuelles créatures
qui font Ces Efleus & fès
enfans. Sans. nous, il peu-
pla l'air, la mer y la terre
E S
I. Cor.
58 l'Àwbajfade
d'habitans : mais il nous
fait cet honneur vque de
nous employer pour en
peupler le ciel. O faueur
immenfe^ô grâce ineftima-
bleijuïquesJa qu'il nous
efleue ace haut beriode de
gloire, que de .nous rendre
fes côoperateurs & coad-
juteurs auecluy. Àduoùés
donc^hreftkns^ qu'il n'jr
apointfbsrbs.le foleil vne
dignité comparable. a cel*
le-cy. C'eft pourquoy l'A-*
poftreauj. de kxu àTimo-»
thée l'appelé njne ceuun
excellente. Wncauure^ par-
ce que ce n'eft point vne
dignité oifenfe > & en Ja^
du Ciel. 59
quelle on puifle s'adon-
nera l'aife & a la iecurité :
maisauffi belle & excellen-
te , parce que ce n'eft pas
vne œuurequi (oit abjede
& (èruile , mais releuee 8e
du tout honnorabîe.
8 Cequiparcontequenc
nous doit faire digérer
doucement toutes les a-
mertumes , & furmonter
genereufèment toutes les
difficultés qui fe rencon-
trent en ■Padmmiftration
que nous auo ns,
9. Et a vous, troupeaux,
cefte dignité qui ett en fa
charge de vos Pafteurs,
vous doit eftre-vn motif a
60 ÏAmhajpide
leur rendre toute l'affe-
ction 5 lerefpe<2 & la retie-
rence que vous leur deués.
lfe/r'i'Ayés-les cômcSaind Paul
*-Tw»-J- l'ordonne enfouueraina-
17* . J
mour> & les réfutés dignes
de double honneur. «Gar-
dés-vous fur vos âmes de
tout mefpris & outrage en
leur endroit. Les perfonnes
& le droid des Ambafla-
deurs a efté parmi toutes
nations eftime fàcré & in-
?i^uiolable. Les loix ciuiles
vkiToa & en font toutes pleines de
/.T.^^teimoignages : juiques la
«%?' qu'on a tousjours vengé
fort afprement les injures
qui leur eftoiêt faites. Ro-
me
du Ciel. 61
me a creu autresfois, que .
ce luy eftoit vue cauie iur-^
filante pour deftruire Co-
rinthe l'œil de la Grèce ,
qu'vn outrage que Tes Am-
baffodeurs en auoient re~
ceu : & vous' feauez, tous
la vengeance que print vn
Roy dliraël des enfuis de,
Hamraon pour auoir mal
traité fes- Ambaffadeurs.
En combien plus forts ter-
mes le grand Dieu, qui eft
fi jaloux de fà gloire, &
de celle de (es feruiteurs,
vengera -il feuerement le
mefpris & le tort qui leur
fera fait ? ObeïflTez donc,
ô hommes ! à cefte voix
F
6z ïoArnbajfade
qui vous crie du ciel , Ne
r^if'l6HoHcbezifoint a mes oïngts,
O* ?ie faites point de mal
a mes Prophètes. Penfez
que le bien ou le mal;
l'honneur ou le diffame
quelesPafteurs reçoiuent,
Iefus-Chrift fe 1 impute
fait à foy-mefme, leur di-
iî/^Mcfint en TEuâgile, qui vous
Lil:.io.i$rcçcit il me reçoit '> qui
vous rejette, il me rejette.
la Mais comme le peu-
ple doit reputer fes Pa-
yeurs dignes d'vn grand
honneur : auffi faut-il que
les Pafteurs s'en rendent
dignes, Ce comportans «co-
rne il eftfeantàvne figlo-
du QicL 6\
rieufè & importante voca-
tion à laquelle ils font ap-
pelez. Côbien feroit blaf-
mable l'Ambaffadeur d'vn
orand Prince, qui ne fçau-
roit tenir Ton rang , & dôt
les mœurs & la contier-
fation n^auroient rien de
correfpondant à la dignité
de la charge ? Ayans doc
ceft honneur, que d'eftre
Ambaffadeurspour Chrift,
ne faut-il pas que nous me-
surions noftre vie à l'excel-
lence & à la fainéteté de
noftre empîoy , pour y re-
luire en toute forte de pu-
reté & d'innocence : ne
feparans *iamais en nous 5
F z
64 tAmbajfade
non plus qu'en foy l'an-'
rien Souuerain Sacrifica-
teur , le Turnmim d'auec
tVrim , c'eft à dire l'inté-
grité d'vne bonne cons-
cience 5 d'auecv U lumière
d'vne \: raye do&rine: nous
reprefentans toujours en
nos efprits celuy dot nous
tenons la place > qui eft le
Sainâ des SS. & duquel
nous deuons nous rendre
*t<f5îMi. imitateurs , pour que les
autres s'en rendent auffi
de nous.Car comme lefus-
Chrift nous eft vn modèle
; lequel il faut que nous
nous conformions; ainfi,
eft- il conuenableque nous
du Qel 65
fbyons le patron du trou- i.r;^i
peau : tefmoignans que ÏJ*
Dieu agit & opère auffi
bien en nos avions , par
l'efficace de Pefprit de fa
fain<5ïeté , comme en tou-
te noftre Prédication, par
la vertu de fa diuine lu-
mière.
Selon que pour ce der-
nier ici , S. Paul nous le
propofe en fuite, adiouflâr
à ces premières paroles que
Nous fornmes *Ambajfa~
deurs four Çhrift ? celles-
cy comme fi "Dieu exhor-
toit far nous. Ce 5 comme
n'y eftpas employé pour
nier ou douter de lachofc-
* 3
66 tzAmbaffade
mais pour la confirmer:
fie»n carilrefpodavne parncu-
?£Z* lequ^cefte force en lalâ-
*p guc Hébraïque , dont le
mnoNTI ftyle eft fbuucnt rete-
Kâsfa'JW Par les Eicriuains du
confirma Nouueau Teftament : ie-
■voyc'x^en Ion que de ceftui-ci vous
Gmfif. en auez vn exemple bien
33-uof. illuftre au i. de faind Iean,
xp. ou il eit dit ? que ncm-
nuons contemplé la, gloir
re de £hrifl> comme de
tvnique ijfu du fein du
Vere. Là ? ce commEj
n'eft pas mis pour nier ou
reuoquer en doute > mais
au contraire pour aflfeurer
tant plus que lefus-Chrift:
du Ciel. 6y
eft véritablement l'vnique
iflii du feiii du Père. l'A-
poftre donc par cefte me£
me façon de parler nous
donne icy pour certain que
^Dieu exhorte far nous,
L'exhortation eft prifè
en ce lieu pour toute la
Prédication, comme au 13.
des Adcs , & en maints
autres endroits de l'Efcri-
ture , qui entend le Tout
par {% partie principale ,
l'exhortation eftant com-
me l'ame de la Prédication
Toute noftre Prédication
eft vn glaiue jftrituel^h^.ij
comme le fàinâ Efprit la
nomme : mais glaiue donc
f4
68 tAmbaJfade
le tranchant & la pointe
eft l'exhortation. Sans elle
noftre Predicatiô ne pour-
roit retrancher le prépuce
de vos coeurs , ny percer
iuîques au plus profond
de vos ames> ou il faut
neantmoins qu'elle par»
uienne.La parole que nous
vous annonçons eft appe-
jemn.^lec <~un feu y mais feu dont
*• la lumière eft bien en l'ex-
plication y mais la chaleur,
la force & l'ardeur eft en
l'exhortation. Iugez. donc
par là combien l'exhorta-
tion eft importante & ne-
reffaire. Les Payens éclai-
rez des feules bluettes de
du ciel. 59
la lumière de Nature5ont
recognu cela y tenans touf-
iours ouuertes les portes du
têple de leur DeeflTe Horta;
côme pour dire que les ho-
mes eftoient dans vn be=
{bin perpétuel d'eftre ex-
hortez & admonneftez
de leur deuoir. Toute la
Prédication donc, eftant
ici comprit fous le mot
d'exhorter > elle eft rappor-
tée à Dieu 5 S. Paul nous
diiànt que Dieu exhorte
par nous.
Et de vray il faut bien
que ce foit Dieu qui agiC-
fe dans le cours de noftre
roiniftere; car d'où que de
F-5
jo tvimbajfade
fa force, pourroient procé-
der les grandes & admira-
bles chofès qui en font
produites ? Baaillonner les
Démons, vaincre les En-
fers , abbatre les Idoles,
triompher du péché , ré-
duire les plus grâds Roys
du monde à s'humilier de-
uant lefus-Chrift , à cour-
ber leurs fceptres, & ietter
bas leurs Couronnes au
pied de fa Croix : bref
amener les penfees des e£
prits les plus rebelles cap-
tiues & prifbnnieres fous
fon obeïffance. Le chan-
gement que noftre Predi-
catiô opère dans les coeurs
du CîeL 7Î
cft tel y que ny les hom-
mes ny les Anges n'en peu-
uent eftre autheurs; ains
celuy feul qui par vue pui£
fonce infinie , a tiré dés le
commencement la lumière
du milieu des tenebres,&
la beauté du monde de
l'horreur dVn informe
chaosJl n'y a que Dieu qui
puifle créer & refufciter.
Or la conuerhon de l'hom-
me eft vne œuure de plus
haute lice 5 que ny la Créa-
tion ny la Refurreétion.
En la Création il a com-
muniqué aux hommes vn
eftre naturel & muable; au
lieu qu'en la conuerfion,
72 kzÂmbaJfade
il imprime au pécheur des
quaiitez toutes diuines &
immuables, qui font com-
me autant de rayons dé
fon Eternité , images de fa
ïuftlce s -& participations
de fa Nature. Et quant à
la Refurredion , raifonnez
en cette forte , qu'autant
que l'ame furmôte le corps
en excellence ; autant fans
doute la Conuerfion de
Tame eft vne œuure rele-
uee au deflus de la Refur-
re&ion du corps ; à qui
donc cefte œuure fi ex-
quife peut-elle appartenir
qu'à Dieu ? Quand Moyfe
d'vne houffine en fa main
dompte
r
-
ipîe lorgueilde Pha-
rao5 & fait fourdre l'eau des
rochers ; & quand au fon
du cornet des Sacrifica-
teurs , les murs de Ierico
s'affaiflTentyqui dira que la
main propre de Dieu n'y
operaft ? Qui donc le re-
uoqueroit en doute ^ quâd
nous vainquons la rébel-
lion des plus grands pe-
cheursjfaifbns fondre leurs
coeurs plus durs que les
rochers en larmes de re-
pentance , & qu'au fon de
la parole que nous pre£
chons croulent les murs
de Babylon \ & tombe ce-
lle feparation que le pèche
G [
J.6.
74 tAmbajfade
met entre Dieu & nous. <
Riche enfeignement à
nous Pafteurs, pour nous
apprendre à. n'attribuer
point à noftre adrefle, fça-
noir ç ou éloquence, ce dot
ia gloire eft deuè fblidai-
^remem à Dieu (culJ^uiefi
Taul , & qui e fi JpoUosy
finon Mmifires par les-
quels <~vom aue^cre#}Voi-
re comme le Seigneur a
do7iné a chacun ? VauI
plante & zApollos arrou-
Je } mais c'ejl 'Dieu qui
donne t accr oijfemët. Vou-
ions nous donc voir du
fruitî de nos labeurs? priôs
le Maiftre de la moifïbn,
du Ciel. 75
qu'il y épande & vertu fru^
&ifiante, qu'il y fafic leucr
le Soleil de fa grâce , &
découler la rofee de fa be-
nedi&ion: Car fi le ciel
eft d'airain, la terre fur la-
quelle nous {emons ne fera
que de fer.
Et vous auffi y Fidèles,
vous auez ici voftre leçon,
apprenez-en à receuoir la
parole de vos Pafteurs co-
rne les Theffaloniciês celle
du faind Apoftre , non, :rhe^Zt
point côme parole d'hom-1^
me i mais , ainfi qu elle eft
véritablement, comme pa-
role de Dieu opérante en
vous auec toute efficace.
G 2
76 l'A)
fcfléuez 5 eikuc?
m dcffusde celle C
Ne vous arireftez.'p
l'homme qui vous pa-
drciTcz ? peniecs iut*
qûes à Dieu. Oeil luy feui
qui- par la vertu fait toutes
les merueiiîes que noftre
M inif fere produit : donc t
ïuy-en la gloire. Et cepenr
dant puis qu'il exhorte &
prefche par nous, fléchie
chez à nosremonftraiices,
ployez à nos adrnoni*
tions , oheyilez à noftrè.
parole , & vous en fendrez
des effèdts falutaires.Quâd
a.%M- Elifce ordonna à Naaman
u°>\ ""de fe baigrcrparfèptfois
du cieL 77
dans le fleuue du lordain
pour guérir de fa lèpre, de
prim' abord il mefprifoit
l'ordônance d'Eliièe. £htoy .
(difbit-il) Les fie nues de
Damas* Abana & rPar-
fhar xe font-ils pas meil-
leurs que le fleuue du lor-
d#inî follicité neantmoins
par fes fèrukeurs, d'obeïr
à la parole du Prophète,
il ne fc fut pas pluftoft bai-
gné dedans ce fleuue, qu'il
m reçeut guerifon. Pé-
cheurs, combien de fois
vous arriue-il de roeir
fer & les paroles & k> p
fonnes des (eruiteurs
Dku? Mais fi cornidenr
G3
78 iAtKbajJkdc
que c'eft Dieu qui parle
& cômande par eux > vous
leurs obeyfifiez & mettiez
en exécution ce qu'ils vous
difent ; ne doutez point
qu'il ne vous arriùaft le
mefme qu'à Naaman,vous
en auriez vne ame toute
nette, & guéririez de vo-
ftre lèpre fpirituelle quieft
ie péché.
Et certainement leur paro-
le eftaufïi bien digne d'o-
beyflance , puis qu'elle eft
accompagnée d'vneiigrâ-
de douceur , que celle qui
nous efticy reprefentee es
dernières paroles de ce
textes/Vf (dit l'Apoftre)
du Ciel. 79
TlôUffappliïnspour Chrifi
quew&s foyez réconciliez
k Dieu.
i Celte1 rcprife en ee moîr
ivoire -, eft d'vne grande
énergie , tant pour nous
confirmer de plus en plus
ee- qu'il vient de nous dire,
que pour émouuoir da-
uantage nos coeurs. Car
il faut confefler que c'eft
vne façon de parler bien
pathétique. Que donc, à
4'exemple de faind: Paul
en ce lieu , les Pafteurs
foient ardens.Quand il eft
queftion d'exciter les affe-
ctions d^s hommes , & les
poner à là pieté , les pen-
C4
8a ïzAmbajfade
fées ne doiuentjxnntcftre
tiedes> ny les paroles lan-
guiflantes : il faut que l'e£
prit foit tout bouillant de
zèle, & de là naiftront &
des penfees & des paroles
pleines de vehemence^qui
feront* comme dit l'Ecde-
t f ;ilt fiafte, Semblables a des ai-
2i- guillons qui fe fichent bien
tuant dans les cœurs.
A cela mefme fe rap-
porte le terme iuiiMyJÇç&s
fupfUosfour fôfltfl.Chor
(è eftrange ! ils ont l?autho^
rite de commander & ils
fupplient. ReçogooîiFefc
mes Frères > en ce ftyîe Toe*
sonomie fous laquelle vo*
- ÇieL Si
elle cil toute d'a-
nifyde grâce &de be-
pire. En ces iours-là,
faye> parlant de ces
nps bien-heureux ) Les
montagnes diftilleront la
douceur. Sous la Loy les
menaces eftoient plus fré-
quentes y les rigueurs plus
grandes ? & les feueritez
plus efpouuantabtes, dont
vous auez l'image ez e£
clairs & ez brandons de
feu qui fê voyoient ; ez tê-
pertes & ez tonnerres qui
retentiflbient fur la mon-
tagne de Sina. Mais-matn-
tenant fous l'Euangile, on
n'oit que promettes de gra-
G5
82 tAmbajfade
ce , que paroles de béni-
gnité. Depuis la naiffance
de lefus-Chriftau monde,
toutes ces anciennes ri-
gueurs ont efté modérées;
toutes ces afpretcz ont efté
adoucies, comme on re-
marque que le Soleil en-
trant du figne du Lion en
celuy de la Vierge, tempè-
re {bn ardeur & fe monftre
plus doux aux hommes.
Mais l'Apoftre enchérît
par deffos, quand il adiou-
fte que c'eft four Chrtft
que nous (upplions. Ceft
à dire, non feulement au
Nom de Chrift, mais par
les dileftiôs de Chrift,par
du Ciel. 83
toutes les comparions, les
grâces & les mifericordes
quQ Dieu a lî abondam-
ment déployées en Chrift.
Bon Dieu ! que ces attraits
font forts, ce font la vraye-
ment les cordeaux d'hu-
manité , & les liens d'aflfe-
âion dont parle le Pro-
phète. Cordeaux & liens,
bien efficacieux fans më-
tir,pour no9 attirer à Dieu,
& nous attacher à tout ce
qu'il demande de nous»
Tant plus encore que
ce qu'il demande de nous
concerne noftre propre
bien, & vn bien Ci grand
que d'ejlre réconcilie^ à
84 tPimbaffaJe
'Dieu. Nos péchez ne
ont diuifèz dauec Diei^&
rendus fes ennemis, ayans
prouoqué contre nous fa
cholere & irrité les yeux
de fa gloire. Nous auons
donc befbin d'eftre recon-
ciliez auec fa Majefté. Il
eft bien vrayque cefte re-
conciliation nous a efté
deiîa méritée par la mort
de Iefùs-Chrift,mais il faut
qu'elle nous fbit appli-
quée. Pour cefte fin elle
nous eft offerte en la Pré-
dication de l'Euangile, &
c'eft en icelle qu'on nous
femond de la receuoir par
lafoy. Ceftce qu'entend
icy
du ChL 85
icy le fàinâ Efprit, quand
il dit que les Pafteurs nous
fuf client pwr fôrift que
nous [oyons réconcilie^ à
^Dieu* C'eft à diçe , que
nous embraffions par vne
ferme confiance la paix
que lefus-Chrift a faite
pour nous auec (on Père,
& que nous renoncions
coût à fait à Satan, au pé-
ché^ au monde5qui nous
tiennent en guerre auec
luy ; eftant certain qtfauflî
toft Dieu fera appaifé en-
tiers nous, il nous pren-
dra à mercy,& nous com-
blera de fes biens. Ceft
xlans cefte paix de Dieu
H
H6 tAmbafoéte
que confifte toute noftre
félicité. La poflcdans , les
Chérubins ne nousparoif*
fent plus auec lames de
feu , pour nous empefcher
l'abord du Paradis de Dieu:
Au contraire les Anges
font employez pour y por-
ter nos âmes , comme cel-
le du Lazare. En ceft eftat
l'Enfer nous eft fermé, le
Ciel nous eft ouuert: Dieu
efpand fa dileftion en
nos amos ; il nous fait ùr
uourer les douceurs de fès
bontez: v.oire,il nous cou-
ronne de (es çompaffions,
-& nous rafïafîe tant & plus
defesgratuiteZjnous rein-
du Ciel. 87
pliflant le cœur d'vne ioye
qui eft inénarrable & glo1
rieufe.
Fideles,qui eftes vraye-
nient recôciliez auec Dieu,
que vous eftes heureux de
pofleder vn fi grand bien !
N'enuiez point le .bon-
heur des mondains > le vo-
ftre eft bien tout autre:
il eft fblide , mais le leur
eft la vanité mefme : il e$
permanent > voire éternel j
mais le leur eft tranfitoire
& fè pafle bien-toft : il eft
accôpagné de plaifirs inef-
fables , & fera fuiui d'vn
poids de gloire excellëmët
excellent ; mais le leur eft
H 2
>.T. S
88 thmbajfade
méfié. de chagrins , d'en-
utes,de craintes & de trou-
bles qui les rongent & agi-
tent fans cefTe au dedans ,
& fe terminera en tour-
mês>en regrets & en pleurs
qui ne finiront point.
Mais 5 mondains \ fî
vous n'auez point de part
à cefte reconciliation auec
Dieu & au bon-heur qui
la fuit 5 à quoy l'impute-
rez-vous qu'a voftre feule
malice & infidélité ? Voila
Dieu , qui efmeu de pitié
enuers vous, l'a acquife en
faueur des croyans par le
fang de fon Fils , & vous
l'offre encore maintenant
du £iel. 89
par la Prédication de ion
Euangile, & vous la refil-
iez. Il faut bien dire que
vous eftespaflionnezàvô-
ftre propre ruine 5 que de
tter û dédaigneufemêt
ces richcfies de grâce , ces
thrtfors de paix, que Dieu
vous présente. Il vous fo-
licite, il vous coniure,il
vous fupplie , par ce qu'il
a de plus précieux $ & qui
à vous, vous doit eftre plus
cher ; par les diïettions de
Ion Chrift 5 par les corn-
paillons de fbn Vnique :
& vous îifc Voulez point
ouurir l'oreille ny le cœur
aux fupplications de v:
H 3
ftre Dieu ! O endurcifiè-
ment des hommes, que tu
es grand ! qui ne telaiflès
vaincre à des femonces fi
douces & fi amiablesjmais
fi fortes & fi violentes tout
enfemble ! Pecheur,à pey-
ne vn homme ton fembla-
ble te prie-il 5 que tu n'en
ibis efmeu , quand mefme
ce feroit pour retirer de
toy quelque bien.Ceft ici,
non pas vn homme mor-
tel 5 mais le grand Dieu
viuant, qui te prie ; & te
prie au Nom de ton Sau-
ueur, de celuy qui t'a ay-
iné plus que & propre vie,
Si que tu dois par coofe^
dn ciel. £î
quent aymer plus que la
tienne : & te prie encore*
pourquoy ? non pour t'a-
uoir quelque chofè du tië:
mais au contraire pour te
donner : Geluy - la ièroit
repute fol entre les hom-
mes , qui ne reccurcit pas
les dons, qui fc pcuuent
légitimement prendre* fur
tout, quand ils font grads
& précieux. Et qu'eft-ce
de tous les biens des ho-
mes, en comparaifcn des
grâces dont il te veut en-r
râhir ? ne requérant de
toy y fînon que tu les ac-
ceptes & que tu les reçoi-
iiçs* Mais, voicy qui va
»4
$2 t ' oAîhbajfade
plus auant , bien loin au
delà de toute cogitation
humaine. Ceft qu'il nous
faut reprelenter Dieu
comme noftre grand &
Souuerain luge, d?s Ar-
refis duqu -y a point
d'appel: l'homme à ceft
efgard tout chargé de
griefues offences,toutcou-
uert de crimes atroces c<>
mis contre la Majefté Di-
uine y ne pouuant par ton*
fequent attendre quVnê
condamnation aux peynes
éternelles : Et toutesfois
Dieu luy en offre fon par-
don & (a grâce & ce aueë
fupplkatdon^ & l'homme
du ciel. 93
la rejette! Qu'y a -il icy
plus à admirer , ou l'excez,
de la mifcricorde de Dieu,
ou l'excez de l'obftination
de l'homme ? Que Dieu
{bit fi clément & plein de
charité, que de vouloir at-
tirer éeluy qui l'a fi outra-
geufernent offèncé, & l'at-
tirer encore de la difgrace,
à fon amour : du fupplice,
à ion Throfne : de l'Enfer,
à fon Royaume : & que
l'homme foit fi endurci au
mal & aliéné de Dieu, c'eft
à dire de fon propre bien,
qu'il ne tienne aucun com-
pte d\n offre fi avanta-
2;eufe ! Qui eft le criminel,
H 5
5>4 t'Ambarffade
qui refufa iamais \t pardô;
de ion Iuge5ou le fubjet re-
belle la grâce de fô Prince?
Dieu te prefente, ô hom-
me, par deffîis ion pardoiv
& fa gracerfçauoir fa gloi-
re 5 fbn Paradis , fa Cou-
rône éternelle. Pelé y pefè*
naoy à bon efcient ces
dons & tu trouueras, ie
m'en affeure 5 que toutes
les chofes que le monde
te peut offrir , ne font
qu'vn néant au prix. Quite
moy là donc ces vanitez
que le monde adore ; at-
tache -toy à Dieu , qui
ert: l'vnique obied de ta
béatitude, vi aueclePro-
du CieL 95
phete , Adhérer à Dieu Tf. 7$.
c'eji mon bien.
Mais, il eft temps que
nous venions à la conclu-
iîon de cz propos, pour
quV:i chacun -de nous,
tourne fain&ement à (on
vfage tout ce que nous a-
uons ouy.
Pour ceft effed:,ie com-
menceray par «nous , que
Dieu a appelez au facré
Miniftere. Méditons, mé-
ditons attentiuement, mes
tres-honnorez Frerçs, l'ex-
cellence , la 'difficulté &
les deuoirs decedo fain#e
charge; dont Dieu nous a
honnorez en fa maifon*
9<5 ttAtvbaffade
Ilefpondons a l'excellen-
ce par vne vraye pieté : à
la difficulté , par vn trauail
qui nous (bit affidu : & aux
deuoirs par vne vigilante
ibllicituderafin qu'on puif»
fedire denous,cequeNa-
zianzene difoit de Fainft
Athanafe , fçauoir que fà
parole eftoit comme vu
tonnerre ;fhai$, que fa vie
en eftoit l'éclair.
Que donc comme ce
tonnerre dont il eft parlé
au Pleaume 2p. qui abbat,
qui brife, & qui fait auor-
ter. Ainfî noftre Prédica-
tion ab batte tout orgueil
& hauteflfe, qui s'efleue
contre
du ffifk 97
Dieu & ion Chrift; qu'elle
bri{c la dureté des coeurs
les plus empierrez : & faiTe
auorter les hommes de
leurs iniquke'z, voire mou-
rir les fêmeraces du vice au
dedans d'eux. Et quant à
noftre vie , qu'elle foit vnc
lumière qui refplendifle
aux yeux de tout le mon-
de, en toute forte de bon-
nes Geuures,defaind:es&
louables avions 5 fcmbla-
ble à l'éclair qui paroiflant
àfainél Pierre dans la pri-
son, & frapant fbneofté,
luy fit aufli toft tomber les
chorifnes & des pieds & des
mains : qu'auffi l'exemple
I
V.rr.:>.
p8 tAmhajfade
de noftre bonne vie luifc
fi clairement & frape fi for-
tement à l'ame de nos pro-
chains , qu'il détache tous
les liés du peché5dôt Satan
& le monde les tiennent
garrotez^ & les mette en
la liberté des enfans de
Dieu. Aymons fur tout ,
aymons chèrement nos
troupeaux,& pour l'amour
d'eux & l'avancement de
leur falut : Eftudions-nous
à nous reueftir de plus en
plus de fcience > pour les
inftruirerde prudence,pour
les conduire: de charité,
pour les édifier: de zèle,
pour les enflammer au 1er-
du Ciel. 99
uice de Dieu : & de con-
corde, pour les tenir vnis
& ferrez par le lien de paix;
afin que comme ils ne font
tous quVn mefine corps :
ils n'ayent au (fi & qu'vn
cœur, &qu'vne amc. C'eft
ainfi , que nous nous ou-
urirons la grande forte & r
d'efficace, dont parle fainâ i*.*
Paul. C'eft ainfi que nous
nous rendrons approuue^ 2. t/».
à T^ieu , ouuriers fans re- 2* I5'
proche, detaillans droite-
ment la parole de vérité.
C'eft ainfi , que nous nous r# r/;„
fauuerons& ceux qui nous * *-
efeoutent.
Et quant à vous très-
I z
î#o tAmbajJàde
chers & bien-aymez , qui
eftes pour ouïr , & .non
pour parler en l'Eglife;
comptez pour vn grand
avantage, voire pour la
plus fignalee faueur que
vous ayez receu de Dieu
qu'il vous ayt enuoyé Ces
feruiteurs. C'eftoit bien
anciennement vne marque
de maledi&ion, quand on
fèmoitdu fêl fur vne terre,
comme il fè peut recueil-
lir de l'Efcriture*. Mais ce
vous eltaujourd'huy vn (î-
gned'vne grande benedi-
dion , quand vous auez
parmy vous, ceux, que la
mefme Efcriture appale le
du CieL ioi
fel de la terre , & que ce*****
felfpirituel,par manière de13'
dire, eft comme fèmé fur
la terre ou vous habitez.
Rare & exquis fut le béné-
fice, que Dieu conféra aux
Sages d'Orient ; quand il
fit leuer fur eux extraordi-
nairement vne Eûoile dâs
le ciel , pour les conduire
à Iefus-Chrift, le leur faire
voir en ù. nai(fance,& ado-
rer en fon infirmité : mais
combien plus precieufè eft
la gratuité du Seigneur en*
uers vous, lors qu'en ces
derniers temps,d5vne façon
toute miraculeufe, il a fait
leuer fur vous vn fi grand
loi tÀmhfiffade
nombre de ce&Eftoiles dot
parle le faind Efprit au
y«fi io. premier de i'Apocalyfè, &
qu'il vous a fiifcité tant
d'excellens Pafteurs qui
vous ont amenez à la vraye
& falutaire cognoiffance
de voftre Rédempteur,
Quel honneur vous eft-ce
que le grand Dieu des
Cieux s'abbaifle iuiques
là, que de vous enuoyer
{qs Ambafladeurs , pour
vous porter l'Euangiie de
fa Grâce 5 pour vous ex-
horter & fupplier pour
Chrift , que vous luy fo-
yez reconciliez ? N'y a-il
pas icy dequoy vous c&
du C*e^ xo3
crier à prefent, tous paf-
niez, d'aife & de contente-
ment, 0 que tes ftedsfontefa%t7
beaux de ceux qui annon^
cent la faix & qui difent
à Sion ton Dieu règne.
Le principal pour vous eft,
que reflcntans iufques au
vif ce tefmoignage de l'a-
mour de Dieu en voftre
endroit , vous en foycz à
bon eicient émeus à obéir*) H<b. i3,
félon qu'il vous l'ordonne,17,
à tous vos conduSieurs
qui veillent pour vos âmes:
à profiter Ci bien de leurs
enfeignemens, que la pie-
té paroifle dans toute vo-
ftre conuer&tion en fbn
14
io4 l'Ambajfadc
plus haut éclat : rendans ,
comme à Dieu , auflft au
Prince que Dieu en fa be-
nedtôiô a efleué fur vous,
les deuoirs d'vne obeïflàn-
ce parfaite & d'vne fidéli-
té inuiolable -, aufquels
vous eftes engagez, & par
la confcience , comme
Chreftiens;& par la Na-
ture , comme François; &
par tant de biens-faits>que
vous receuez iournelle-
mçnt de fa bonté royale:
entre lefquels vous ne de-
uez pas placer.au dernier
rang ^ celuy qu'il vous a
maintenant o&royé , qui
cft la permiflion de nous
dw fiel. 105
aflèmbler fous fbn autho^
rite, pourconfèruer au mi-
lieu de nous Tordre pure-
ment Eccfciïaftique, ielon
lequel nos troupeaux font
reiglez & conduits. Que
donc toutes ces confédé-
rations enfèmble vous
portent , à rendre à fa Ma-
jefté , & vos plus grands
refpe&s, & vos plus hum-
bles fubmiflîons : à n'a-
ûoir , ny haleine de vie
dans le corps > ny goûte
de (âng dedans les veines,
ny bien aucun dedans vos
poflêflîons i que vous
n'employiez, le tout, mais
mec allegreffe , au bien
15
io6 l'iAmbaffade
de fonferuice. C'eftain-
û que vous attirerez du
Ciel , & fes grâces pour
la vie prefènte 5 & fès
gloires pour celle qui eft
à venir.
O Seigneur IESVS,
qui es le Souuerain Pa-
lpeur & Euefque de nos
smes , touche -fi puit
iamment le cœur &
des Pafteurs 8c>des trou-
peaux > à s'àcquiter fi-
dèlement & religieufè-
ment des deuoirs dont ï
ils font obligez , que
nous puiflions tous &
Pafteurs & troupeaux y ]
nous prefenter vn iour
du Ciel. 107
auec aflêurance deuant
ton Throne , pour en-
trer tous enfemble aïiec
toy y en la jouyflance
de ta félicité , ■& là triom-
pher^ à iamais dans ton
Règne.
Ainfi foit-ïh
F 1 N. /